."Mademoiselle ça va ?"
Elle essaya de réfréner, de contenir un sanglot mais les larmes de crocodile sont inéluctables ici, là, en ce moment. Elle regarde gentiment le vieil homme aux yeux tristes et trouve la force de lui répondre que non ça ne va pas.
"Mademoiselle, vous êtes bien trop jolie, trop jeune pour pleurer."
Pourtant elle a l'impression d'avoir l'âge de Mathusalem et puis jolie... Elle y croit plus vraiment, il a pas seulement les yeux pleins de tristesse et de sagesse, ils sont aussi pleins de caca. Pour un peu elle oublierait ses p'tits problèmes, elle a pitié du Papy, elle espère qu'il a le temps, elle a beau être adolescente, elle s'interresse aux gens, faut pas croire. Et ce préjugé mauvais a des dons visiblement. Elle ravale ses larmes.
"Mademoiselle tenez, prenez mon mouchoir."
Elle voudrait bien le remercier mais elle a une boule dans la gorge qui la rend bizarrement muette. Tiens, ça nous changera. Et voilà, elle se vexe en repensant à ça... Elle espérait qu'il n'y avait pas que deux ou trois personnes qui l'aimaient comme elle était. Désillusion. Et après on dit les adolescents blasé, dégoûtés d'la vie mais aussi... Pas aidés les pauvres gosses.
"Mademoiselle..."
Elle a séché ses joues, rendu le mouchoir au vieux monsieur, l'a remercié et est partie. Elle a pensé à avant, elle a pensé à y'a pas si longtemps, quand la naïveté guidait encore joyeusement sa vie.
Elle a attéri devant un étang. Elle a sauté à pieds joints.
Manque de bol, ou plutôt chance de sa vie, un cygne a traversé le plan d'eau, majestueusement. Il s'est approché d'elle et, par magie, elle s'est retrouvée sur son dos.
Sauvée.
Oui, il y'a des songes qui nous sauvent un homme, une femme, une adolescente.
Putain ! La vie c'est court et en plus après on meurt.
Alors arrête un peu d'râler.
D'dire que tout ça c'est pour du beurre.
.